Bonjour la gazette, 

Je me permets de vous adresser en copie une lettre prémonitoire que j'avais expédié en aout 2007 au maire actuel de Vic.

Dans cette lettre, comme vous pourrez le constater,  on retrouve tout ce qu'est devevenu Pentecote cette année. 

Je vous la transmets pour la publier si vous le jugez utile, malheureusement cette correspondance n'a pas pris une ride et rien n'a changé au contraire cela s'est agravé. 

Tout ce que je disais il y a cinq ans correspond à ce qu'il se passe aujourd'hui, je suis navré de n'avoir pu être, à ce moment là, plus entendu par  les uns et les autres ( amis ou ennemis ) 

Jean Louis perrier 



Paris le 6 Août 2007                                            A l'attention de Monsieur Sanroma      Maire de Vic-Fezensac

                                                                                                           Mairie de Vic-Fezensac

                                                                                                              32190 Vic-Fezensac

En copie : -Jean-Marc Casella -Pierre Arnaud -Fanfares présentes à Vic Fezensac


Monsieur le Maire,

Suite à la fête de Pentecôte de l'édition 2007 et faisant référence à votre interview paru dans la Dépêche du midi le vendredi 25 mai 2007, je me permets de vous adresser cette correspondance pour vous apporter mon sentiment sur ce que j'ai pu vivre de cette édition 2007 ainsi que les observations que je souhaite apporter à vos propos, tant sur le fond que sur la forme.

J'interviens depuis de nombreuses années en tant que prestataire de services pour la fête de Pentecôte en proposant des spectacles vivants, sonorisés ou non.

La plupart des formations engagées relèvent de la pratique professionnelle et s'inscrivent dans la catégorie Fanfares.

Vous indiquez en préambule dans l'article de la Dépêche du midi que vous avez le sentiment que la fin d'un cycle a été entamé par la suppression du lundi férié de Pentecôte, et vous faites dans un deuxième alinéa un raccourci quelque peu étonnant et facile avec la contrainte fiscale liée à l'aspect juridique de l'assujettissement du comité des Fêtes à la TVA.

Que la suppression du lundi férié de Pentecôte réduise la quantité de public à venir à Vic-Fezensac , c'est indéniable, mais vous aurez sûrement remarqué que c'est aussi le jour ( le lundi ) où les vicois et autres irréductibles de Pentecôte peuvent passer des moments plus communautaires et croiser ceux qu'ils n'auront pas vus les jours précédents, durant la fête.

De plus cela devrait aller dans le sens que vous préconisez, plus loin dans votre interview, puisque cela permet aux vicois et autres bénéficiaires de la journée décidée chômée par les sociétés ou structures étatiques, de se réapproprier la fête.

Pentecôte, c'est un rendez-vous annuel où les « vicois » savent qu'ils pourront retrouver leurs amis venus de toute la France et réciproquement.

A contrario de ce que vous annoncez, je n'ai absolument pas le sentiment (et les retours post Pentecôte de fanfares ou groupes musicaux venant habituellement à Vic, me confortent dans ce sens ) que, comme vous le signalez, le comités des Fêtes ait cessé d'exister sur l'espace public.

Que le comité des fêtes ne veuille pas être assujetti aux impôts commerciaux, cela peut se comprendre vus les efforts consentis par ces bénévoles (il est quand même extraordinaire d'avoir à payer de la t.v.a sur des repas offerts, même si il semble que cela soit une loi fiscale).

Vous devez reconnaître que pour tous les groupes accueillis depuis de nombreuses années, les têtes pensantes des Fêtes de Vic émanent de la Maizonbleu et non des services culturels de la Mairie.

Cet accueil permet aux fanfares professionnelles ou à celles relevant de la pratique amateur de pouvoir accepter des conditions ( de tout ordre ) qu'elles n'accepteraient nulle part ailleurs, c'est la raison pour laquelle la Maizonbleu, ses représentants et les bénévoles relevant de cette structure méritent qu'on puissent leur donner un blanc seing en regard de leur travail antérieur, qui relèvent, dans la qualité de services fournis, d'une mission confiée habituellement à des professionnels.

Il est à noter qu'ils sont aussi clairement identifiables et identifiés par les fanfares, en tant que tels, et pas simplement durant Pentecôte.

Vous aurez sûrement remarqué que certains bénévoles et proches de la Maizonbleu sont aussi des expatriés dans diverses régions de France qui se regroupent autour de la Maizonbleu lors des fêtes, pour aider dans la mesure de leurs possibilités de leurs compétences et de leurs disponibilités.

Certains groupes se sont même constitués depuis 3 ans comme les Sombréristes, les Saliéristes et cette année les Pirates, n'ayant comme volonté commune que le fait de se retrouver et partager des moments fugaces ensemble.

Pour continuer à faire exister aux yeux des fanfares les notions que j'évoque plus haut, et pour que l'organisation continue à être à la hauteur des années précédentes, il existe des solutions comme la délégation de pouvoir , cela se nomme producteur exécutif.

Cette délégation est confiée à une personne physique ou morale et permet de pallier aux contraintes administratives.

Cette action se négocie, se valorise et se valide.

La solution adoptée cette année, relevait d'une transmission de pouvoir sans que cela soit une transmission de compétences.

Vous indiquiez dans votre article, je vous cite "sans lui ( le comité des fêtes ) on verra bien ce que sera la fête" , hé bien les fanfares sont venues, elles ont vues mais malheureusement elles ont été vaincues.

Vous signalez ou reprochez dans votre interview que la fête ne soit dirigée que vers une catégorie de public qui va de bars en bodega, notion quelque peu simpliste dans la mesure où beaucoup de gens viennent pour le simple fait de se retrouver , sans que ce soit la seule raison de l'arrivée massive de gens de l'extérieur, que subit Vic à cette époque.

Pour exemple, lorsque nous avions initié avec quelques amis l'Association des Sept Pêchés Capiteux, combien de ceux qui critiquent le coté « bar /bodéga » fustigèrent aussi à l'époque le fait que nous puissions inclure dans notre action des expositions de dessins d'humour et nous adresser à un certain public... nous avions décidé à cette époque de ne servir que du champagne.

Pourtant quinze ans après , cela fonctionne toujours et permet d'organiser d'autres actions durant l'année vers d'autres publics.

Vous savez aussi que l'on ne peut contenter tout le monde ( les élections démocratiques en sont la preuve flagrante ) et il est facile de comprendre que certains détestent la fête et les envahisseurs ponctuels (parisiens ou autres).

Si cet afflux de personnes en effraient certains qui décident de quitter Vic durant la fête, sont-ce les mêmes personnes qui louent leur maisons à prix d'or durant le week-end de Pentecôte (jusqu'à 2000 euros pour les plus grande maisons) ?

A quelque chose malheur semble-t-il est bon pour certains...

Vous citez «La fête n'a de sens que si elle émane des gens présents à l'année» , si vous pensez que les «immigrants ponctuels» se sont appropriés la fête ( chose que je ne vis pas de la même manière ), si tel est le cas, il ne me semble pas que ces "voleurs de fêtes" aient rencontrés beaucoup de résistance...

Votre approche permet au contraire de diviser les gens plutôt que de les rapprocher.

Comme vous le dites ce n'est pas symptomatique de Vic, car dans de nombreuses villes, il faut le plus souvent aller chercher ailleurs les ressources et les compétences que l'on a pas sur place, c'est le jeu de toute forme d'échanges, qu'ils soient marchands, artistiques, commerciaux ou non.

J'ai cru aussi comprendre que le travail des étudiants de l'école des arts déco ( Midi 6 ) avait été remis en cause, peut-être pensez-vous pouvoir faire ce travail avec autant de résultat , avec des bénévoles ?

Je ne le pense pas du tout, il y a des situations où l'on doit quantifier la notion , non pas de technique pure de fabrication, mais de goût, d'esthétisme, d'intégration dans le paysage urbain, et cela s'apprend pour ensuite s'appliquer.

Designer, décorateur, scénographe et autres branches d'activités de ce type sont des métiers et non une activité ponctuelle, même si elle est pratiquée consciencieusement.

Il existe aussi des villes en France, qui assument tout, sans aide extérieure première, mais qui au fil du temps ont été obligées de se renouveler, depuis les Fêtes du Puy du Fou (l'artificier n'est pas né dans ce village) jusqu'aux Vieilles Charrues ou la technique de distribution des boissons sur le site est importée des Pays bas et d'Allemagne et les décors conçus par des techniciens basés à Paris, et ce ne sont que deux exemples choisis volontairement opposés entre eux, tant sur le fond que sur la forme.

Présent tout au long de l'année sur de nombreux festivals, je peux aussi vous faire part de mes remarques qui contredisent ce que vous énoncez.

Vous faites état de la surpopulation qui génère un aspect sécuritaire important, mais il faut peut-être se dire que c'est aussi la rançon de la réussite et ce devrait être un point positif.

La présence de fanfares permets aussi de diminuer le pouvoir agressif des sonorisations outrancières qui entraînent une augmentation des agressions physiques et diminue aussi les risques auditifs engendrés par les systèmes de sonorisation non maîtrisés par des professionnels.

Il ne me semble pas avoir vu de distribution de bouchons acoustiques à Vic (la loi oblige pourtant les organisateurs de manifestations extérieures ou intérieures à se soucier des risques auditifs).

Vous annoncez ensuite un différentiel entre le prix de la fête et les recettes générées, ce raisonnement sûrement réel est lui aussi simpliste.

Comment, par exemple, comptabilisez-vous les retombées touristiques de la venue de milliers de personnes qui, parce qu'elles auront découvert le Gers durant la fête, reviendront à une autre période de l'année pour passer des vacances et y dépenser leur argent ?

Avez-vous demandé aux responsables des débits de boisson, mais aussi d'autres activités commerciales, si la valorisation du prix de leur fonds de commerce tient compte ou non de leur activité pour Pentecôte, qui déclenche pendant leur activité et au moment des cessions, différentes taxes locales, départementale, régionales et autres charges sociales ?

(Il fut une période où un responsable de débit de boisson vicois avait annoncé que le CA de pentecôte lui permettait de faire vivre son débit de boisson toute l'année)

Comment comptabilisez vous les sommes versés aux salariés des différentes structures vicoises ( relevant du statut associatif ou du système commercial de type S.A.R.L ) qui embauchent à l'année ou ponctuellement en prévision des Fêtes de Pentecote ?

Comment comptabilisez-vous les recettes engendrées par telle ou telle association qui permettent à celle –ci de moins solliciter la mairie en subvention, et leur permet d'organiser d'autres actions pendant l'année ?

Si la fête profite en premier lieux aux métiers de bouche, je pense que d'autres nombreuses professions profitent de cette fête, depuis le marchand d'essence jusqu'à l'agriculteur qui vendra les produits de sa ferme car les « étrangers » repartent rarement les mains vides...

Par contre il est intéressant de faire un calcul rapide sur ce que n'importe qu'elle organisation (étatique ou non) aurait à débourser en masse salariale pour bénéficier, comme pour les fêtes de la pentecôte, de 600 musiciens durant trois jours simplement rémunérés sur la base du smic journalier, sans parler de tous les frais annexes et autres tracas administratifs.

Ces formations qui, non content de se payer leurs voyages, leurs déguisements, et autres frais, doivent être accueillies avec un minimum de convivialité, je n'ose dire de respect. (j'y reviendrai)

Il faut signaler un autre point dont je souhaitais vous tenir informé.

Les formations professionnelles qui viennent à Vic font des efforts financiers sur leur cachet pour simplement venir à Vic et soutenir la fête.

Pensez-vous que, pour une fanfare professionnelle telle que Ceux Qui Marchent Debout, la facturation de leur prestation ait été la même que celle facturée au Montreux Jazz Festival ou à Marciac ?

Non content de cela, ces mêmes musiciens puisqu'on parle d'eux, sont même venus soutenir l'action de la maizonbleu en mars dernier en offrant leur prestation.

Si les groupes font des efforts, il faut que cela soit réciproque.

La mairie ayant cette année en charge la restauration a choisi et mandaté un professionnel pour proposer des repas aux fanfares.

La seule chose que je n'ai pas été capable de déceler chez ce professionnel , c'était le fait de savoir dans quel corps de métier il était professionnel :

-pas dans celui de la rapidité d'exécution (attente de plus d'une heure devant la tente de restauration)

-pas dans celui des relations publiques (apparemment un monsieur et une équipe qui confondaient politesse et grossièreté, quand ce n'était pas des vociférations sous la forme d'insultes )

-pas dans celui du respect des quantités (en copie la facture que j'ai acquittée pour le règlement d'un repas de la fanfare du Rajasthan qui à 22H30, le samedi soir, s'est vu répondre qu'il n'y avait plus rien à manger) .

-pas dans celui du respect des traditions gasconnes du bien vivre .

La seule chose que ce monsieur ait réussit avec succès c'est de proposer à son menu, de la daube et en effet c'était de la « daube » tout le week-end !

Certains musiciens décidèrent même d'aller se restaurer ailleurs ou de me demander des défraiements en préférant manger un bon sandwich (même les musiciens du Rajhastan qui ne vivent pas dans un pays où la gastronomie est réputée, ont pris cette décision) plutôt que d'ingurgiter des carrés de poissons panés non cuits accompagnés de pâtes indigestes.

Un tel décalage avec les valeurs gastronomiques reconnues et défendues dans la région semble complètement aberrant.

Ayant vu passer de nombreuses correspondances rédigées par des fanfares qui vous seront sûrement adressées, je n'en dirai pas plus sur la prestation de restauration.

Je pense que si vous aviez voulu dégoûter les fanfares de venir à Vic vous ne vous y seriez pas pris autrement.

Cela m'attriste pour un village qui était reconnu pour être le pèlerinage annuel de ces formations, Vic était en effet reconnu pour être la Mecque des fanfares.

Travaillant toute l'année avec des fanfares ou des structures organisatrices de festivals engageant professionnellement ou dans un cadre de pratique amateur ces groupes, je pense que vous allez à contre courant de ce qui se passe aujourd'hui dans le monde du spectacle vivant et particulièrement dans celui des fanfares.

Ne gâchez pas ce qui n'a pas été simple à construire.

D'autre part, je pense aussi que, si vous aviez envie d'écrémer les migrants ponctuels qui viennent à Pentecôte, vous ne vous y seriez pas pris différemment en publiant vos réflexions par voie de presse le vendredi de Pentecôte , à moins que vous ayez un très mauvais conseiller en communication.

Même si l'on ne peut vous accabler pour les conditions climatiques de cette année, une telle interview n'a pas aidé au moral des troupes.

Il n'était pas sain et naturel, cette année, que les fanfares et autres prestataires puissent subir les affres de guerres intestines locales et être pris en otage.

Ce genre de manifestation doit pouvoir réunir les gens et non les éloigner, même si ce rapprochement n'est que ponctuel, il a au moins le mérite d'exister.

Cette correspondance est volontairement adressée en copie à de nombreux protagonistes de la fête afin de faire évoluer la situation, de vous sensibiliser à ce que nous avons pu ressentir, de ne pas vous faire des reproches simplement par plaisir, mais plutôt pour que vous puissiez tenir compte des réactions des uns et des autres.

La mairie, a le pouvoir en se positionnant comme réorganisatrice de la fête, via un service culturel ou une branche animation interne, d'organiser et ainsi démontrer son savoir-faire pour améliorer les points négatifs que vous avez clairement énoncés.

Vous avez la chance pour l'édition 2008 de pouvoir bénéficier d'une fête de l'Ascension qui précèdera le vendredi de Pentecôte , ce qui permettra au public de pouvoir être disponibles du mercredi soir au lundi suivant pour ceux qui feront le pont.

C'est une occasion rêvée pour proposer une multitudes de choses.

L'écriture de cette correspondance fut assez laborieuse pour moi dans la mesure où il me semblait partager les valeurs politiques que vous défendez.

Il apparaît qu'en de nombreux points nos avis divergent, c'est aussi cela la liberté d'opinion et la règle démocratique

Je vous prie d'agréer, Monsieur, le Maire, l'expression de mes sentiments distingués.

JEAN-LOUIS PERRIER