06h30 : réveil de la Gazette…14 litres de café, une douche et un petit tour dans sa garde-robe (d’où elle a sorti sa plus jolie robe bleue, ses boots bleues et son manteau bleu d’hiver troué au coude gauche) plus tard, voici la Gazette prête pour son nouveau reportage…Deux barres énergétiques dans la poche et hop, en route pour partir à la rencontre d’un tandem de choc qui ne manque pas de peps, de gouaille, de vicoiserie, de générosité, de sourires et de bien-vivre à la gasconne (remarquez, vous me direz qu’elles ont de qui tenir, les filles !)…

Voici donc pour vous et en exclusivité pour la Gazette Vicoise, l’interview de Jeanne et Adèle Arnaud, portes-parole de la Maison Bleue !

GV :Pourriez-vous vous présenter en quelques mots pour ceux qui ne vous connaitraient pas ?

Jeanne et Adèle : Nous sommes des enfants de Vic comme on aime le dire, on y a grandi, on y a nos amis de toujours et notre famille. Vic et sa population, ce sont nos racines, nos souvenirs d’enfance et d’adolescence, le lieu où l’on revient toujours. Naturellement, une grande partie des 2 personnes que nous sommes aujourd’hui découle des qualités et contradictions de ce village. Enfin, pour la majorité des vicois, nous sommes les filles de Pierre et Katy.

GV : Pourriez-vous présenter un peu l’histoire de la Maison Bleue et votre rôle au sein de l’association ?

 


Jeanne et Adèle :La Maison Bleue, on a grandi dans ses murs, on l’a vu au tout début, nous avons mis la main à la pâte ainsi que beaucoup de vicois pour réhabiliter ce garage automobile désaffecté et en faire le lieu qu’il est aujourd’hui. Plus tard, on y a fait le service des fanfares et de la restauration ; on s’est occupé de tenir pendant l’été les expositions de peintures auxquelles l’étage de la Maison Bleue se consacrait.
A l'origine, l’idée vient des membres constituant le Comité des Fêtes qui ont souhaité créer un lieu logistique permettant de recevoir les fanfares, toutes les musiques et les acteurs des animations et de la sécurité lors des fêtes de Pentecôte à Vic. L’idée de base était de créer un lieu pérenne, humaniste, chaleureux, excentrique puis au fur et à mesure, elle est devenue un lieu dédié à la fête bien sur, mais aussi à l’art, à la gastronomie de comptoir, et surtout un lieu avec une identité forte, où des fanfares de toute la France mais également du monde entier (Roumanie, Mexique…) pouvaient trouver un point d’attache.

C’était aussi, en plus de tout, la Bodega du Comité des fêtes Vicois jusqu’en 2007.

Sur un plan économique les recettes générées par la Maison Bleue à Pentecôte servaient à financer en partie les fêtes (en particulier l'accueil des musiciens) mais aussi les travaux de restauration du bâtiment. L'association avait crée une carte des Amis de la Maison Bleue qui était vendue chaque année au profit d'un thème de travaux. C'est ainsi, qu'au fil des ans le bâtiment est devenu ce qu'il est.
Son nom découle de la chanson de Maxime Le Forestier … « c’est une Maison Bleue, adossée à la colline, on y vient à pied, on ne frappe pas, ceux qui vivent là ont jeté la clé …. ». C’est dans cet état d’esprit que s’est construit ce lieu dédié à l’art du bien vivre, du bien recevoir, du bien pensé ! Tout un état d’esprit et surtout beaucoup d’amour et de sourires, et de fous rires et de tolérance !!

GV :Pourquoi la Bodega de la « Maison Bleue » n’existe plus aujourd’hui ?

Jeanne et Adèle : Voilà la question qui fâche. Il y a 4 ans, la Mairie a repris elle-même la mission d’organiser les fêtes. Pourtant, tout allait de bon train ! Beaucoup de fanfares, de Vicois et de personnes de tout horizon s’étaient attachés à Vic et à la Maison Bleue et ne souhaitaient en aucun cas louper le RDV de Pentecôte. Depuis quelques années également, dans le soucis de développer un projet culturel pour la fête, des étudiants de l’école des Arts Décoratifs de Paris participaient à la décoration de la ville, avec beaucoup de goût, de talent, de complexité et d’imagination pour que le beau puisse fonctionner avec un petit budget. De nombreux bénévoles ont participé avec eux à ces réalisations ( Associations, Château Fleuri, Vic Accueil, Ecole Maternelle…) Tout cela ne plaisaient apparemment pas à la Mairie qui souhaitait que Vic soit aux Vicois et donc pas « d’étrangers » pour l’organisation ! N'a-t-il pas été dit en parlant du Comité des Fêtes : "Ils organisent les Fêtes avec des gens de l'extérieur."? Pour organiser une fête de cette ampleur, il faut aimer les habitants de son village mais aussi les idées venant de l’extérieur qui servent toujours à avancer, susciter la découverte et la rencontre sinon on se retrouve vite dans un monde étriqué.

GV : Que pensez-vous des résultats de la consultation et de la décision du Conseil Municipal ?

Jeanne : Je pense que la consultation n’en était pas réellement une ; en effet, la non possibilité de procuration (ou bien la possibilité « choisie » par la Mairie d’en accepter certaines et pas d’autres) ne révèle en rien la décision des Vicois de tout âges confondus. Je pense réellement que s'il avait été possible de voter par procuration le résultat aurait été tout autre.
Quand la décision finale est tombée, j’étais effondrée ; des solutions, il y en avait et Mr le Maire, avant de donner le coup d’épée final, en a reçu des tas sur sa boite mail et par courrier. Il n’a pas voulu en tenir compte preuve que sa décision était prise avant toute cette mascarade.
Durant toute cette période de débat une phrase m’a énormément choquée : « Il faut rendre Vic aux Vicois ». Mais comment ? N’est il pas bon et enrichissant de rencontrer, d’organiser, de faire la fête et de partager notre amour du village avec le reste du monde ?

Adèle : Pour moi ça a été la douche froide ! Mon amour pour Pentecôte et ma naïveté sûrement m’avaient laissée croire que la majorité des vicois pensait comme moi. Certes une amélioration était nécessaire mais un arrêt des fêtes était inconcevable. Un mois après, je suis encore comme sonnée et je ne comprends pas la décision de la Mairie et encore moins celle de la consultation.

GV : Quelles seraient les conséquences de l’arrêt des fêtes pour vous et pour l’association ?

Jeanne :En tant que Vicoise, l’arrêt des fêtes représente tout simplement la mort de 4 jours de liens humains intenses et pleins d’émotions. Des retrouvailles avec ma famille, mes amis chers de Vic et d’ailleurs. Des moments d’amour et de musique dans des lieux avec une âme. La joie d’être fière de son village, de sa région et de le faire partager aux autres ; des moments de vie rares que je ne retrouvais qu’à Vic. Pour la Maison Bleue le mal a déjà été fait il y a 4 ans…

Adèle : …depuis que l’organisation de pentecôtavic a été reprise par la Mairie. La Maison Bleue s’essouffle et meurt à petit feu. En effet, elle n’a jamais eu un but lucratif et comme elle ne peut plus accueillir les fanfarons, sa présence n’a plus de sens. Mes parents, qui s’en sont occupé pendant 20 ans, se sont rendu à l'évidence: le Maire veut effacer cette période.

GV : Quel message voulez-vous adresser à la Mairie ?

Adèle : Tout d’abord, que l’on soit d’accord ou pas avec une certaine façon de voir les choses ne permet pas d’arriver avec ses grands souliers, de tout piétiner, de dénigrer le travail accompli depuis de nombreuses décennies par les organisateurs des fêtes qui vous ont précédé pour d'ailleurs, appliquer par la suite une pâle copie de ce qui était fait ( bien plus coûteuse apparemment ).  

Et d’autre part, pourquoi vous être évertué à braquer les gens les uns contre les autres au point de rendre détestable l'ambiance du village ?
Ensuite, je tiens tout de même à dire que la reprise de l’organisation des fêtes par la Mairie a entrainé, pour moi, la perte de Pentecôte à Vic. En effet, la décision de diminuer l’effectif de fanfares sur le village ainsi que d’arrêter l’association avec les étudiants des Arts Déco ont, selon moi, beaucoup changé la fête. Comme le dit l’expression, la musique adoucit les mœurs. Les jeunes se trouvant confrontés à de la musique live ou à des sonos pleins tubes n’ont pas le même comportement. Les gens viennent à Vic pour s’amuser et se retrouver pour faire la fête. Ils prennent ce qu’on leur donne, du bon ou du mauvais, et en découle ensuite leurs comportements et leur niveau de respect pour le village et ses habitants.

Jeanne : « Mesdames et Monsieur les élus, ne pensez-vous pas que tout ceci est une sombre histoire de manipulation ? Que vous avez suivi une décision préméditée de longue date dont vous n'avez été que les faire valoir ? »

GV : Quel est votre plus beau souvenir de Pentecôte ?

Jeanne : Je n’en ai pas qu’un mais des tas mais pour en citer quelques uns :
- l’année Mozart avec ses décorations magiques (réalisées par Les MEDI6, groupe collectif,venus des Art Déco de Paris) et ses costumes hors du temps,

- un lundi matin de l’année 2006 où une fanfare venue du Rajasthan à joué et dansé pendant une heure en costume traditionnel,
- les nombreux vernissages à la Maison Bleue le vendredi soir et notamment celui de Guy Jouanin rempli d’émotions,
- les bœufs énormes sous la tente de restauration fanfare,
- l’année où des fanfares Tziganes (dont les Taraf) ont débarquées et envahit la ville avec leurs us et coutumes et où moi, encore enfant, tenant la main de ma grand-mère je découvre cette musique,
- les folles soirées à la Bodega des Filles enivrée de musique et de danse,
- les afters dans le sable à la Pitchaka (merci Gilou) avec fanfares à fond jusqu’au petit matin,
- voir ma mère et mon père, il y a 2 ans, au vernissage Almodovar, déguisés, amoureux, se régalant comme si ils avaient 20 ans au milieu des fanfares, de leurs filles et de leurs amis…

Adèle : Moi non plus je ne peux en donner qu’un, car pour moi Pentecôte est un ensemble de sentiments, de sensations et non un souvenir précis… En voici quelques uns :

- les bœuf gigantesques des fanfares réunies pour remercier Marie et les cuisiniers de les avoir nourris avec si bon gout et tout leur amour,

- entendre, une fois dans mon lit au petit matin, le son des cuivres et autres trompettes qui résonnent encore dans ma tête,

- la sensation de liberté, si rare et pourtant si jouissive,

- mes excès,

- les déguisements renversant des fanfares,

- le plaisir de revoir tout mes « tontons » de France et de Navarre,

- le regard espiègle de ma sœur, les fesses posées sur un bar, les bras levés et le sourire jusqu’aux oreilles,

- l’étonnement ravis dans les yeux de mes amis qui découvraient pentecotavic,

- la fierté dans les yeux de ma mère d’avoir accompli quelque chose de bien,

- les larmes dans les yeux de mon père lorsqu’une fanfare atteignait son talent et son déchainement maximum…

GV: Votre rêve pour le prochain Pentecôte ?

Adèle : Un retour au source !! Pas de sonos, beaucoup de fanfarons, commencer par l’inauguration de l’expo à l’étage de la Maison Bleue, ma mère qui se lève à 6 heures du mat’ pour recevoir les produits frais pour la restauration des fanfares, mon père qui joue de la trompette déguisé en Alsacienne, Marie qui fait les repas, tous mes amis, et encore et toujours, beaucoup de trombones, de trompettes, de soubas, de caisse claire … 

Jeanne : Maison Bleue, vendredi soir, toutes les fanfares de Vic, de Collioure, de Toulouse, de Montpellier, de Poitiers, de Paris se succèdent sur la scène pour nous faire passer une soirée de folie ; et moi je verse des larmes….de joie !

 

Un grand merci aux soeurs Arnaud de s'être prêtées à ce petit exercice! Avec toute notre amitié. La Gazette Vicoise